LA RÉPÉTITION DES ERREURS
 
Conception et adaptation pour la scène
Marc Feld et Claude Duneton

Mise en scène Marc Feld

D’après
La Comédie des erreurs
de William Shakespeare,
adaptation et textes additionnels Claude Duneton
Claude Duneton
et
La raison de Pascal Quignard

Salle Gémier
18 mars au 17 avril 2005, 20h30 / dimanche 15h
Relâche lundi

 
 

Avec
Paola Ascensao, Richard Axon, Jacques Bonnaffé, Natasha Cashman, Jacques Denis, Bernard Menez, Emmanuelle Ramu, Sylvain Thirolle
Distribution en cours

Décor, costumes Jean-Marc Stehlé
Lumière Denis Monmarché
Musique Richard Axon
Création images Jean-Jacques Nguyen, Marc Feld

Production : Théâtre National de Chaillot / le CADO – Centre National de Création d’Orléans / Espace Jean Legendre – Théâtre de Compiègne / Théâtre du Gymnase – Marseille
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National

 
 
Jeux de miroirs
 
Crissement de larsen, la costumière s’affole. Le metteur en scène relit ses notes, la traduction est presque finie, le spectacle pratiquement « au point ». Le rythme de la répétition ultime s’emballe, comme celui de la première farce de Shakespeare, La Comédie des erreurs. Imbroglios de couples de jumeaux, de maîtres, de valets et de familles dispersées lors d’un naufrage, déluge originel, la comédie agitée confine sans cesse aux lisières de la folie. Le grand Will y dépeint les mésaventures du marchand Egeon, aidé de son fils Antipholus et du valet de celui-ci Dromio, à la recherche de son deuxième garçon, qui se prénomme également Antipholus, et qu’accompagne un valet du même nom de Dromio. De quoi devenir fou. Claude Duneton adapte l’œuvre pour des tréteaux presque forains ; spectacle en chantier avec retournements, coups de théâtre, jeux de miroirs et mises en abîme perpétuelles, quiproquos enfilés en poupées gigognes et dérapages peu contrôlables. Marc Feld, avec la précision chirurgicale d’un horloger, organise la débâcle vaudevillesque et shakespearienne, dans laquelle il injecte La Raison, texte de Pascal Quignard, qui intervient « en contrepoint, en contre-chant ». L’écrivain contemporain évoque les recherches d’un philosophe errant dans la Rome antique, interrogeant le trafic d’influence de la lucidité sur toute action humaine. « Nul n’est bon volontairement », conclut-il. Ses questionnements acculeront l’homme à se trancher la gorge, armé d’un miroir. Dans les décors de Jean-Marc Stehlé, alliant ruines mouvantes et projections d’actuels ports méditerranéens, les catastrophes émaillent le déroulement de cette fausse répétition.
La folie gagne le plateau comme les esprits, et les temps s’entrechoquent. De la farce élisabéthaine à l’essai de Quignard, les échos se répercutent et se répondent, telles des toiles de maîtres du XVIe et d’aujourd’hui présentées dans une même exposition.
 
Pierre Notte