| LA RÉPÉTITION DES ERREURS |
| Conception et adaptation pour la scène
Marc Feld et Claude Duneton Mise en scène Marc Feld D’après Salle Gémier |
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Avec
Décor, costumes Jean-Marc
Stehlé Production : Théâtre National
de Chaillot / le CADO – Centre National de Création
d’Orléans / Espace Jean Legendre – Théâtre
de Compiègne / Théâtre du Gymnase – Marseille |
| Jeux de miroirs |
| Crissement de larsen, la costumière
s’affole. Le metteur en scène relit ses notes, la traduction
est presque finie, le spectacle pratiquement « au point ».
Le rythme de la répétition
ultime s’emballe, comme celui de la première farce de Shakespeare,
La Comédie des erreurs.
Imbroglios de couples de jumeaux, de maîtres, de valets et de familles
dispersées lors d’un naufrage, déluge originel, la
comédie agitée
confine sans cesse aux lisières de la folie. Le grand Will y dépeint
les mésaventures du marchand Egeon, aidé de son fils Antipholus
et du valet de celui-ci Dromio, à la recherche de son deuxième
garçon, qui
se prénomme également Antipholus, et qu’accompagne
un valet du même nom de Dromio. De quoi devenir fou. Claude Duneton
adapte l’œuvre
pour des tréteaux presque forains ; spectacle en chantier avec
retournements, coups de théâtre, jeux de miroirs et mises
en abîme
perpétuelles, quiproquos enfilés en poupées gigognes
et dérapages peu contrôlables. Marc Feld, avec la précision
chirurgicale d’un horloger, organise
la débâcle vaudevillesque et shakespearienne, dans laquelle
il injecte La Raison, texte de Pascal Quignard, qui intervient « en
contrepoint, en contre-chant ». L’écrivain contemporain évoque
les recherches d’un philosophe errant dans la Rome antique, interrogeant
le trafic d’influence de la lucidité sur toute action humaine. « Nul
n’est
bon volontairement », conclut-il. Ses questionnements acculeront
l’homme à se trancher la gorge, armé d’un miroir.
Dans les décors de Jean-Marc
Stehlé, alliant ruines mouvantes et projections d’actuels
ports méditerranéens,
les catastrophes émaillent le déroulement de cette fausse répétition. La folie gagne le plateau comme les esprits, et les temps s’entrechoquent. De la farce élisabéthaine à l’essai de Quignard, les échos se répercutent et se répondent, telles des toiles de maîtres du XVIe et d’aujourd’hui présentées dans une même exposition. |
| Pierre Notte |