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La libraire de Chaillot vous conseille

Unique en son genre car entièrement dédiée à la danse, la librairie de Chaillot offre un choix exceptionnel d’ouvrages, de revues et de DVD, sans compter quelques exclusivités. Que vous soyez curieux, amateur ou spécialiste, Laura Antonietto, notre libraire passionnée, vous accueille et vous conseille. À travers ses chroniques à lire ci-dessous, vous découvrirez que la créativité ô combien stimulante de l'art chorégraphique que vous appréciez sur les plateaux se trouve aussi dans les livres.

 

 

 

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Mouvements de vie de Anna Halprin
Éditions Contredanse
La grande danseuse et chorégraphe novatrice américaine Anna Halprin, bientôt centenaire, présente dans ces Mouvements de vie son parcours singulier de soixante années à travers les principaux thèmes de ses recherches, largement documentés par de nombreux essais, entretiens, manifestes, notes de travail et documents pédagogiques.
Depuis les années 50, ses créations interrogent les possibilités du mouvement et libèrent la créativité, faisant d'un art collectif un processus de vie, effaçant les frontières entre scène et public autant qu'entre les diverses communautés.
Confrontée à un cancer, érigeant dès lors la danse en outil de guérison qui possède sa propre force palliative, Anna Halprin s'est éloignée des conventions "scénocentrées" aux formes imposées pour se rapprocher de la sphère des danses rituelles chargées de sens, d'entités, d'esprits, s'appuyant sur les structures naturelles et organiques du corps selon, dit-elle, "des passerelles fécondes et inattendues reliant la vie et la danse".

 

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bon qu'à ça de Jiří Kylián 
Les éditions du sonneur

Faisant écho à la réponse de Samuel Beckett à la question: "pourquoi écrivez-vous ?", Jiří Kylián, éminent chorégraphe pragois, directeur artistique du Nederlands Dans Theater qui a signé plus d'une centaine de superbes ballets, s'estime lui aussi "bon qu'à ça".
Dans ce petit opuscule écrit à la première personne, il explique comment son renoncement à être danseur puisqu'il ne serait jamais aussi bon que Noureev lui a permis de devenir chorégraphe, pour faire briller son art dans d'autres corps.
Il évoque ce qui le fait vivre: la danse comme métaphore de l'existence, le processus créatif, la recherche d'une impossible perfection, son univers hanté par le temps, la fugacité de la beauté, et décrit aussi ce qui a inspiré, nourri son travail, sa muse la danseuse Sabine Kupferberg aini que sa rencontre déterminante avec les Aborigènes, "qui ne créent pas la danse mais la rêvent"

 

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Actions, mouvements et gestes de Noé Soulier
Carnets, Centre national de la danse

Chorégraphe, danseur, Noé Soulier propose dans ce livre une réflexion pointue sur les différents modes d'appréhension et de compréhension du mouvement, afin de nourrir l'expérience et les modes de regard de chaque spectateur.
Cet ouvrage est en lui-même une œuvre d'observation concentrée sur la facture, la qualité du mouvement, le geste et le mot agissant tous deux pour composer un cadre d'analyse et de fabrication des nombreuses manières de l'envisager, d'en aborder les aspects et d'en parler.
S'appuyant sur une étude des pratiques chorégraphiques, de la performance mais aussi de concepts empruntés aux philosophes, aux linguistes ou théoriciens de l'art, cet essai permet de modifier et d'enrichir sa perception de la danse par de nouveaux prismes et modes d'observation du mouvement.

 

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Emanuel Gat Cet espace où danse la musique, sous la direction de Philippe Verrièle
Riveneuve éditions

Les créations du chorégraphe israélien Emanuel Gat n'ont eu de cesse que de faire de la matière musicale un sujet d'exploration, générant un univers propre dans lequel musique et danse font corps, l'un se mettant au service de l'autre.
Il s'agit dans cet ouvrage d'examiner dans le travail de l'artiste les points de rencontre entre mouvement et son, cette communion dans laquelle le corps du danseur s'incorpore en contrepoint à la musique dans un duo intimement mêlé.
C'est cet espace entre danse et musique en dialogue permanent avec le champ chorégraphique qui y est décrit, grâce entre-autres aux entretiens avec les musiciens - intervenants à part entière de ses ballets - qui réinventent la musique et leurs relations avec les danseurs qui se l'approprient.
De belles photographies en ponctuent les chapitres.

 

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Suspense de William Forsythe
JRP|Éditions

Dans le monde entier, le chorégraphe d'avant-garde américain William Forsythe est considéré comme l'une des figures les plus significatives et innovantes de la danse contemporaine car il a toujours cherché à transcender les frontières du genre, créant des danses abstraites, géométriques, inspirées de l'architecture, de la philosophie, de la physique, de la linguistique et de l'art.
Il est question, dans cette publication exigeante qui présente ses installations et performances filmées, un texte de l'artiste et ses entretiens en bilingue anglais/allemand avec le commissaire et critique d'art Daniel Birnbaum, de son rapport au corps, à l'espace, de ce tressage intime, de la porosité entre danse et performance, des stratégies utilisées pour en faire éclater les contours.

 

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Danser Pina de Rosita Boisseau • photographies Laurent Philippe
Textuel

Dans ce fort bel ouvrage, la journaliste et spécialiste de danse Rosita Boisseau a recueilli le témoignage de vingt-quatre danseurs historiques du Tanztheater Wuppertal, compagnie de la grande Pina Bausch, figure incontournable de la danse contemporaine.
Ils se livrent et racontent les coulisses d'une œuvre et aventure collective, que certains d'entre eux continuent de faire exister plus de dix ans après la disparition de la chorégraphe.
Grâce à une iconographie d'exception signée Laurent Philippe, ce beau livre permet d'en revisiter les splendeurs.

 

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Abou Lagraa Le sens du sensuel, sous la direction de Philippe Verrièle 
Riveneuve édition
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Chez Abou Lagraa, danseur et chorégraphe franco-algérien à l'esthétique fondée sur une qualité gestuelle fluide, sensuelle, croisant écriture chorégraphique contemporaine et influence hip-hop, la danse est organique et la sensualité assumée.
Dans cet ouvrage dirigé par Philippe Verrièle, critique de danse et journaliste, l'univers de ce chorégraphe et le sens de sa démarche sont explorés par des auteurs et plasticiens, multipliant les regards.

 

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Au bord de l'infini suivi de Dialogue avec Rothko de Carolyn Carlson
LE PASSEUR éditeur

Chorégraphe, danseuse, calligraphe et poétesse américaine, Carolyn Carlson propose dans ce recueil préfacé et traduit par Jean-Pierre Siméon une alternance de poèmes et de dessins inédits qui se répondent au fil des pages, alliant avec grâce le trait aux mots.
Au bord de l'infini est suivi d'une nouvelle édition du Dialogue avec Rothko, inspiré par l'une des toiles du peintre abstrait américain.

 

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Histoire(s) et lectures : Trisha Brown Emmanuelle Huynh 1992 2012
Les Presses du réél

Cette publication offre un parcours en dialogues, en résonance et filiation sur dix années entre Emmanuelle Huynh, jeune chorégraphe et danseuse préoccupée par la mécanique du langage et de la création chorégraphiques et Trisha Brown, figure américaine majeure de la postmodern dance.
Ces rencontres sont émaillées d'échanges avec les collaborateurs de la prestigieuse chorégraphe, de textes de ses danseurs, de notes, de la transcription d'une conférence et s'achèvent par un essai sur les notions de transmission et d'héritage.

 

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La Gravité de Steve Paxton
Contredanse

A l'origine d'une forme de danse-contact improvisée, le Contact Improvisation, et de la technique Material for the Spine, une pratique somatique, Steve Paxton est un danseur, chorégraphe, pédagogue et improvisateur qui a inventé une autre façon d'entrer dans le geste à travers les sens et la perception, en véritable libérateur des corps.
Dans cet opuscule inédit aux accents poétiques, il retrace son parcours artistique et témoigne de l'expérience d'une vie avec la gravité, force à laquelle nous sommes tous soumis, expliquant comment celle-ci a modulé son rapport au mouvement, guidé ses recherches, influé sur son art tout en conviant nos sens à entrer dans la danse.
Ses méditations, réflexions, rêves, souvenirs d'enfance se révèlent au fil des pages, toujours placés sous le sceau de la gravité, loi physique naturelle liée à notre masse corporelle qui agit aux confins de notre conscience et constitue l'un des thèmes centraux de son œuvre.

 

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Le Fil d'Ulysse, Retour sur Maguy Marin de Sabine Prokhoris
les presses du réel

En suivant ce Fil d'Ulysse, la psychanalyste Sabine Prokhoris nous propose un éclairage sur l'art, la ligne de conduite et les questionnements inépuisés sur le monde de la célèbre chorégraphe Maguy Marin, enjeux et motivations de sa fécondité artistique au long cours.
Au travers de minutieuses analyses de ses pièces, de la génèse d'une œuvre par divers notes et entretiens, de transcription de tables rondes, d'une longue discussion avec son compagnon et complice de travail Denis Mariotte, d'extraits de partition chorégraphique, de description du parcours de sa compagnie et de ses interprètes, la pensée est mouvement, les réflexions philosophiques et poétiques chorégraphie.
Maguy Marin revient sur son patient travail polyphonique qui, en grand témoin de l'humain et de pièce en pièce, ne cesse d'ouvrir vers de nouvelles formes de regards qui se répondent en écho sur la vie, jamais vraiment saisissable, toujours mue par une musicalité singulière, intime,"un montage jamais terminé, se construisant et se déconstruisant pour se reconstruire encore sans cesse sous l'effet multiplié de regards nouveaux se questionnant mutuellement sur ce qu'il leur est donné à voir. Un lent tourbillon sur lequel nous posons lentement nos yeux. "

 

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Cendrillon de malandain, carnet de création
parcours d'artistes, Centre national de la danse

Le chorégraphe et actuel directeur du Centre chorégraphique national de Biarritz Thierry Malandain nous entraîne ici pour la première fois dans les coulisses d'un ballet en création réinterprétant Cendrillon, célèbre conte de Charles Perrault qui a connu nombre d'illustres adaptations chorégraphiques.
Le lecteur est donc invité dans cet ouvrage à suivre et à découvrir les clés du processus d'élaboration de la pièce selon une écriture érudite et musicale, Thierry Malandain donnant à lire l'envers du décor sous une forme très personnelle qui dévoile sa vision de la danse et du ballet, sublimant l'onirisme, l'humanisme, le burlesque, la poésie et la magie du conte.
Son texte est accompagné d'une riche iconographie inédite - photographies des répétitions, du spectacle, maquettes de costumes, de décor, de jeux de lumière, notes de production - et nourri de divers témoignages - créateur lumière, décorateur et costumier, journaliste ayant assisté aux répétitions, petit-fils de Serge Prokofiev - faisant de cet ouvrage un précieux «journal de bord».
Thierry Malandain, chorégraphe discret et érudit, figure incontournable de la création néoclassique française et dont l'œuvre compte plus de quatre-vingt ballets, s'avère être également un auteur de qualité. 

 

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Le Geste unique d'Alwin Nikolais
Éditions Deuxième époque

Traduit par son ancien élève Mark Lawton, ce texte d'Alwin Nikolais détaille avec soin la vision du chorégraphe et pédagogue de premier plan qu'il fut, et dont l'inventivité révolutionna la place de l'être humain dans les œuvres scéniques, élément fondamental de sa pensée.
A la fois chorégraphe, compositeur, éclairagiste, accessoiriste, décorateur, costumier et scénographe combinant féerie et abstraction, Nikolais fut l'artisan et le créateur d'un théâtre dansé total, fruit de ses recherches pluridisciplinaires, mais aussi d'une nouvelle définition de la danse s'appuyant sur un enseignement axé sur la triade technique/improvisation/composition qui reste d'actualité.
Par "geste unique", il entendait un mouvement sans rapport avec les modèles existants mais bien, selon les quatre grands principes de création que sont les fondamentaux du temps, de l'espace, de la forme et de l'énergie ainsi que celui du décentrement, une intelligence du mouvement valorisant la singularité du danseur aux dépens de son ego, permettant l'avènement d'un interprète alors qualifié de "métaphorique".

 

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La Fureur du beau par Akram Khan Company 
Actes Sud

Ce superbe ouvrage nous amène à découvrir l'intégralité des œuvres du danseur et chorégraphe britannique d'origine bengladeshi Akram Khan, dont la compagnie est l'une des plus dynamiques de la scène contemporaine internationale.
Initialement formé à la danse classique traditionnelle indienne kathak, il a su mêler les langages de certaines danses orientales aux danses occidentales contemporaines selon des métissages culturels inattendus qui fusionnent mythes et danses en un creuset universel.
Cette monographie présente un texte autobiographique dont l'artiste lui-même et Farooq Chaudhry, producteur et cofondateur de l'Akram Khan Company sont les auteurs, accompagné de deux volets de magnifiques images en noir et blanc et en couleurs permettant une plongée rétrospective dans ses vingt-six pièces.
Nous immergeant ainsi dans ses sources d'inspiration sans frontières, les visions interculturelles et interdisciplinaires de son style narratif, ses souvenirs et processus de création, ce beau livre nous dévoile ce qui en fait un chorégraphe majeur de sa génération.

 

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Carnets d’une chorégraphe : Fase, Rosas danst Rosas, Elena’s Aria, Bartók par Anne Teresa De Keersmaeker et Bojana Cvejić 
Rosas / Fonds Mercator

Avec ces Carnets, la chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker livre une riche monographie dans laquelle elle dialogue avec la théoricienne du spectacle et musicologue Bojana Cvejić, déployant un vaste panorama des principes chorégraphiques de ses quatre œuvres de jeunesse ( 1981 - 1986 ).
L'analyse rétrospective s'élabore au fil des questions et Anne Teresa De Keersmaeker fait alors appel à sa mémoire, dévoilant méthodes, choix, intuitions, principes de composition, styles performatifs, musique, architecture spatiale de ces premières créations, tout ce qui a guidé "l'organisation des corps et des énergies dans l'espace et le temps".
Elle évoque la façon dont des structures complexes se sont dessinées, jetant les bases de son œuvre chorégraphique, lesquelles sont restituées selon des partitions imaginées pour Fase, Rosas danst Rosas, Elena's Aria et Bartók. Le tout est illustré de nombreux dessins, schémas, photographies et démonstrations dansées d'Anne Teresa de Keersmaeker.

 

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Preljocaj, 30 ans du Ballet Preljocaj 
Éditions de la Martinière

Depuis plus de trois décennies, l'incontournable chorégraphe Angelin Preljocaj donne un souffle nouveau à la danse en proposant des créations imprégnées de l'histoire des ballets classiques tout en restant résolument contemporain, multipliant les ponts entre les courants et cassant les codes.
Il a travaillé tant avec les danseuses et danseurs de l'Opéra de Paris que du New-York City Ballet ou encore du Bolshoï et a multiplié les collaborations avec des écrivains, des plasticiens, des musiciens, des réalisateurs ou des stylistes.
Ce beau livre, élégante monographie de Paul-Henry Bizon, résultat de longues heures d'entretiens avec le chorégraphe, ambitionne d'être un catalogue raisonné de ses œuvres en offrant un éclairage inédit et complet sur sa carrière selon une approche thématique.
Chaque étape de son parcours est illustrée de nombreux documents issus de ses archives personnelles, de citations, de commentaires, de témoignages, d'interviews d'artistes qui furent les partenaires artistiques d'Angelin Preljocaj.
Ce bel objet est également émaillé de nombreuses incises consacrées aux costumes de scène ainsi que de plus de 200 photographies, ce qui achève d'en faire une rétrospective à la richesse captivante.  

 

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Merce Cunningham Chorégraphier pour la caméra Conversations avec Annie Suquet et Pual Pomarès 
Éditions L’Œil d’Or

Figure artistique majeure de la seconde moitié du XXe siècle, l'immense danseur et chorégraphe Merce Cunningham s'est aussi intéressé toute sa vie durant aux progrès de la technologie, partant d'une volonté d'enrichir la création chorégraphique au moyen de l'audiovisuel, de la modélisation en 3 dimensions et du multimédia.
Il s'est en effet aperçu très tôt que la perception de l'espace à travers l'œil de la caméra différait fondamentalement de celle de l'espace scénique par l'oeil humain.
Invité à une rencontre publique en novembre 1996 au Centre Pompidou dans le cadre de la manifestation Vidéodanse sur le thème choisi par le chorégraphe "Chorégraphier pour la caméra", cet ouvrage reprend l'intégralité de ses propos portant sur sa contribution à la vidéo de danse, genre qu'il a contribué à inventer au milieu des années 70: "Avec la caméra, vous avez la possibilité de changer tout le corps dans l'espace, tout le corps sans l'espace, autrement dit la forme mais aussi toutes les sections de la forme, et puis les plus petits détails".
Présenté par Myriam Bloedé, illustré de nombreuses photographies de films réalisés par Merce Cunningham avec Charles Atlas et Elliot Caplan, cette conversation est prolongée par des textes de ses interlocuteurs d'alors, Annie Suquet et Jean Pomarès, qui reviennent sur son oeuvre filmée - devenue peu à peu oeuvre à part entière - et l'importance de ses réfléxions sur les singularités de la "vidéo-danse", qu'il s'agisse d'adapter des oeuvres créées pour la scène ou de chorégraphier directement pour la caméra, et qui ont radicalement modifié sa perception de l'art de la danse.

 

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je suis une histoire, abécédaire spirituel de Bill T. Jones
Actes Sud

Né en 1952, dixième enfant d'une famille de travailleurs agricoles pauvres, Bill T. Jones, impétueux chorégraphe et danseur américain qui se revendique avant tout "artiste noir", se livre par cet "abécédaire spirituel" à l'exercice de l'autobiographie introspective, nous révélant sans détours des facettes de sa personnalité intime, des aspects de sa vie personnelle et artistique.
A partir de soixante-cinq mots choisis avec pertinence, abordant les grands thèmes que sont Dieu, l'Amérique, la danse, la poésie, l'esclavage, l'art, l'amitié, la vieillesse et bien d'autres, Bill T. Jones nous narre son histoire par ce qui le constitue au plus profond, il est une histoire, et l'on découvre sa grande humanité, sa philosophie de vie, son enfance, sa famille, son goût pour la liberté, les fondements de son homosexualité, son attachement déterminant pour son œuvre à son compagnon et partenaire Arnie Zane, emporté par le sida en 1988, avec lequel il forma un couple interracial célèbre ainsi que sa compagnie.
Au fil des pages se dévoilent les contours d'une personnalité complexe, celle d'un artiste d'âge mûr qui a consacré son existence à la danse, à l'histoire indissociable de celle de la société américaine sur laquelle il pose un regard lucide.
Bill T. Jones y soulève des interrogations essentielles sur le sens de sa vie, de la vie.

 

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Sidi Larbi Cherkaoui de Rosita Boisseau
Textuel

Le bouillonnant chorégraphe anversois d'ascendance marocaine Sidi Larbi Cherkaoui, qui a fait de ses origines métissées et de son identité composite le fer de lance d'une pensée flexible, existentielle du monde, est devenu l'un des plus prisés de la scène contemporaine.
Son œuvre protéiforme nourrie du mélange des cultures a en effet exploré les thèmes de la reconnaissance de l'altérité, de l'acceptation de l'autre et de soi, hissant la différence, les blessures intimes en motifs fondamentaux, affirmant et revendiquant la force du désir d'adhérer à l'autre pour mieux le comprendre.
Son plateau et ses créations accueillent d'ailleurs les danses du monde - kathak, kuchipudi, flamenco, tango - ainsi que toutes les musiques et les cultures, dessinant un portrait sensible de l'artiste.
Rosita Boisseau, journaliste et auteure spécialisée en danse, signe en coopération avec le chorégraphe une monographie passionnante, un livre-parcours illustré de magnifiques photographies qui offre un double portrait à la fois critique et intime de l'homme et de son art, donnant les clés de compréhension de son travail et valorisant par des textes et entretiens ses nombreuses collaborations avec d'autres artistes tels Damien Jalet, Akram Khan, Marina Abramovic, Maria Pagès, Anthony Gormley, Jean-Christophe Maillot, comme autant de regards croisés qui témoignent tous de son appétit pour l'autre.

 

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Christian Rizzo, Quelque chose suit son cours…  Une année d’entretiens avec Marie-Thérèse Champesme 
Centre national de la danse / Parcours d’artistes

Christian Rizzo est un artiste atypique, multidisciplinaire.
Bien connu comme danseur, chorégraphe, scénographe, metteur en scène d'opéra, il fut tour à tour également plasticien, commissaire d'exposition, costumier, rocker, vidéaste.
Se nourrissant de toutes ces expériences, il créé des œuvres hybrides aux références multiples, des spectacles proches d'expositions visuelles mêlant installation et performance à son travail d'élaboration chorégraphique, la danse y côtoyant les arts plastiques, tout étant prétexte à improvisation et détournement sans préméditation.
Dans cet ouvrage, fruit d'entretiens réalisés pendant une année par l'historienne de l'art et de la danse Marie-Thérèse Champesme, Christian Rizzo, artiste complet et touche à tout, aborde une foule de sujets différents structurés par des mots-clés, nous livrant les diverses facettes de ses processus de création et leur principal enjeu, celui d'être "un outil de regard sur le monde".
Le livre présente également une biographie, une liste de ses créations, et est enrichi d'un cahier iconographique.

 

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Mathilde, danser après tout par Mathilde Monnier et François Olislaeger
Centre national de la Danse, Denoël Graphic

Mathilde Monnier, qui a créé plus de cinquante pièces chorégraphiques présentées sur les grandes scènes internationales, occupe une place majeure dans le paysage de la danse contemporaine française et se distingue par son goût du dialogue avec d'autres pratiques et partenaires artistiques.
Elle rencontre le dessinateur François Olislaeger et, frappée par la créativité et la vivacité de son trait, lui propose un projet éditorial original, celui de créer une bande dessinée qui, selon ses mots, serait "un support d'invention et de créativité susceptible de prolonger et d'élargir [son] travail scénique". 
Dans cet ouvrage hors du commun, le dessinateur relève le défi graphique de raconter, de décomposer le mouvement, d'échapper à l'enfermement de la case, de capter la fragilité et la force de la chorégraphe qui se livre avec pudeur et avec laquelle il entre en adéquation par ses croquis complices qui la révèlent au plus juste.
Il fait naître une Mathilde enfantine, espiègle, il sublime, ouvre le champ, crée des espaces, des décors, autant d’histoires, d’évocations, de dialogues, et c'est le parcours de la chorégraphe qui est ainsi retracé, séquencé: son enfance, ses rencontres, sa famille, ses inspirations, ses collègues, la genèse de pièces essentielles de son œuvre etc.
L'on découvre ainsi le processus créatif de ses collaborations avec l’écrivain Christine Angot, le chanteur Philippe Katerine qu'il représente tour à tour selon des modes de dessin différents ou bien encore son patient travail corporel avec une autiste, tout l'art du dessinateur étant de mettre à jour les subtilités, les émotions de la création à l'état pur, avec tendresse et une pointe de dérision.
Il aurait voulu que Mathilde Monnier lui enseigne la danse, il a dansé par ses dessins, et l'on voyage avec bonheur dans les différents univers de l'artiste.

 

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Album Françoise et Dominique Dupuy 
analogues

Cet Album, bel ouvrage singulier, revient en photographies sur plus d'un demi-siècle de spectacles crées et interprétés par un couple de danseurs et chorégraphes incontournable, Françoise et Dominique Dupuy, pionniers de la danse moderne en France.
Formés à la danse classique, au mime ou au théâtre, ils n'ont jamais cessé d'éprouver leur liberté d'esprit, en véritables "artisans de la danse".
Fondateurs des Ballets Modernes de Paris en 1955 ou du Mas de la danse à Fontvieille en 1996, vulgarisateurs des principes contemporains et remarquables pédagogues, ils ont marqué des générations de chorégraphes et d'interprètes. 
Signé par ces deux figures essentielles de la danse contemporaine, ce beau livre invite donc à un voyage en images au cœur de la matière chorégraphique, de leur aventure humaine et artistique, leurs corps de papier racontant leur histoire selon un parcours guidé par "l'étincelle des œuvres provoquant l'entrechoc des ans".
Nicole et Norbert Corsino, concepteurs de l'ouvrage, y proposent une écriture photographique de la danse par une sélection de somptueuses images le plus souvent en noir et blanc, au grain travaillé, plus ou moins accentué: portraits expressifs et purs sculptés par la lumière ou bien voilés, mouvements arrêtés, puissants, flous, actions figées, en apesanteur, absorbées par les ténèbres ou éclatantes, irradiées, ombres mouvantes, étirées ou inexistantes…Et puis, régulièrement, des pages blanches, des silences, des respirations, des absences. Deux textes de N+N Corsino et d'Eugenia Casini Ropa en toute fin pour couronner ce récit plastique, cette poésie des corps dansants.

 

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emails 2009-2010  par Jérôme Bel et Boris Charmatz 
les presses du réel

Dans le cadre du Festival d'Automne 2009, à l’occasion du quatre-vingt-dixième anniversaire de Merce Cunningham et à quelques jours de sa disparition, un court entretien sur le maître américain est commandé aux deux chorégraphes français contemporains Jérôme Bel et Boris Charmatz, qui participent à cet hommage.
Cet échange s'engage sous forme d'e-mails et en dépasse rapidement le sujet, prenant de l'ampleur, devenant une réflexion comparative quant à leurs pratiques et conceptions singulières de la chorégraphie, de la création et du statut d'artiste.
Dans ce petit recueil, les deux chorégraphes reviennent tour à tour sur les références fondatrices de leur travail respectif, pointant leurs points communs et leurs divergences selon des échanges par rebonds, les réflexions de l'un fécondant celles de l'autre, dessinant ainsi des lignes de partage.
Tous deux s’accordent par contre sur l’idée d’une commune promotion en faveur de l’extension du domaine de la danse - la « danse élargie » -, allant même jusqu’à appeler de leurs vœux, non sans humour, une « campagne d’invasion du monde par la danse ».
Le lecteur pénètre donc le chantier vivant, mouvant, d'une théorisation du mouvement, d’un art chorégraphique « in progress », et devient le témoin de la réactivation de moments de doute entre les deux chorégraphes qui se découvrent, complices et plein d'auto-dérision, dont les convictions premières, les idées reçues, par cette correspondance, sont ébranlées ou volent en éclat.

 

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Jerome Andrews, La Danse profonde, de la carcasse à l’extase • Carnets, Centre national de la danse

Jerome Andrews, figure emblématique de la danse moderne du début du XXe siècle, danseur, chorégraphe et pédagogue américain majeur, est l'un de ces pionniers qui ont su donner un souffle nouveau à la danse.Il a formé et marqué des générations de danseurs, associant rigueur technique, improvisation et manipulation d'objets et d'étoffes.
A Paris où il s'installe en 1951-1952, il enseigne la danse moderne, qui est alors quasiment inconnue en France.
Dans ce livre qui présente des transcriptions inédites de conférences données par l'artiste à Paris entre 1968 et 1980 à l'invitation d'Arno Stern, il expose avec subtilité et humilité ce qui a marqué son expérience de soixante-dix années de pratique pédagogique ainsi que sa conception de la danse, sa pensée du corps, le mouvement dansé n'ayant de sens que s'il nous fait être vivant, l'exigence de sa quête étant celle d'un épanouissement personnel, d'un état de grâce par le travail du corps, afin de parvenir à trouver sa "danse profonde" dont l'essence réside dans l'expression de soi et l'éveil, la convocation de tout son corps.
Il s'agit de libérer en chacun ses capacités assoupies, de "réveiller sa carcasse" en se la réappropriant, en éveillant nos sens et en en mobilisant toutes les ressources, dans le but d'"extraire d'un corps endormi l'étincelle de la danse", selon les mots de Mary Wigman. De l'éveil à l'extase des corps.

 

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Danser Résister, une minute de danse par jour sous la direction de Nadia Vadori-Gauthier
Textuel

Formée aux arts de l'image et de la scène, spécialisée dans diverses pratiques du mouvement, la performeuse, danseuse, chorégraphe, formatrice et docteure en esthétique Nadia Vadori-Gauthier s'est engagée depuis les attentats de Charlie-Hebdo de janvier 2015 dans un acte de résistance poétique: celui d'accomplir Une minute de danse par jour, imaginant quotidiennement une nouvelle chorégraphie en prise directe avec le réel, en corrélation avec les lieux, la météo, le hasard des rencontres, tout en la filmant et la postant en ligne dans la foulée.
Pour l'artiste, il s'agit de danser afin de répondre à la stupeur par un geste, de célébrer la force du réel, d'initier un mouvement pour ne pas céder à la peur, à la pétrification, de s'assigner à une poésie en acte, vivante pour agir par le sensible contre les dogmatismes et la violence du monde tout en s'agençant à la différence, à l'altérité: sa Minute de danse comme une réponse infinitésimale à l'horreur, une affirmation de la vie, de la magie de l'"être ensemble dans la ville", du réenchantement résilient dans un moment tragique.
Composé d'une mosaïque colorée de 800 images issues de captures vidéo de ces minutes dansées prises sur le vif, de sept textes sur le thème de la danse comme acte de résistance, comme expérimentation quotidienne et comme mode de relation entre les personnes, cet ouvrage dirigé par Nadia Vadori-Gauthier complète et poursuit cette démarche artistique, abondée ici par des témoignages, une pensée réflexive et théorique de plusieurs chercheurs et universitaires en plus de la sienne.
Interrogeant ce geste micropolitique et poétique, le livre constitue une oeuvre immersive, un récit en images relatant les 1001 jours consécutifs de performance quotidienne de l'artiste et son enthousiasmant projet: "[se] glisser dans les interstices du banal pour faire sourdre un peu de poésie".

 

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Un manuel de chorégraphe de Jonathan Burrows 
Contredanse 

Jonathan Burrows, danseur, chorégraphe et pédagogue britannique né en 1960, aborde dans ce Manuel de chorégraphe tous les aspects et étapes de la conception d'un spectacle de danse, de sa création à la production, de sa fabrication à sa présentation publique, avec l'intention de révéler les réflexions, questionnements et problématiques que partagent les chorégraphes et danseurs à l'aube d'un projet naissant, interrogeant les prises de positions, les motivations intimes, la gestion des collaborations, des contraintes du marché, le rapport au public etc.
Partant de son parcours artistique personnel - il débuta sa carrière de soliste avec le Royal Ballet de Londres avant de former le Jonathan Burrows Group en 1988, grâce auquel il commença à présenter son propre travail et à acquérir une réputation internationale - il propose avec cet ouvrage un carnet pédagogique, un guide de création dans lequel, prônant l'art de la question, il livre une série de partitions et d'observations à mettre en pratique ou à méditer autour de l'expérience de créer, de communiquer, d'être porteur d'un projet, invitant à se situer, à questionner la question en recensant les problématiques et situations rencontrées, à trouver son propre chemin et processus esthétique parmi les multiples facettes, paradoxes et paramètres de l'art chorégraphique. 
Traduit par Denise Luccioni, cet ouvrage, véritable source d'inspiration, dévoile en filigrane les clés des propres dynamiques de composition chorégraphique de Jonathan Burrows et en détaille toute la richesse, la complexité et la subtilité avec minutie et humour.

 

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Territoires intimes- Michèle Noiret, La danse-cinéma de Pascal Chabot Sergine Laloux
Éditions Alternatives théâtrales

Ce bel ouvrage monographique consacré à deux décennies de création de Michèle Noiret, l'une des personnalités les plus importantes de la danse contemporaine francophone belge, constitue un hommage total puisqu'il propose en fil directeur les sublimes images de Sergine Laloux, danseuse et photographe dont le regard complice accompagne la chorégraphe depuis ses débuts et, en contrepoint, des textes de spécialistes de la danse, de critiques, de théoriciens, d'artistes, de collaborateurs, de directeurs de théâtre coordonnés par le philosophe Pascal Chabot, qui livrent leur vision intime de son œuvre. 
Michèle Noiret, née en 1960 et fille du cofondateur du mouvement artistique expérimental CoBra Joseph Noiret, a fondé sa compagnie en 1986 et n'a depuis lors cessé d'interroger avec singularité le langage chorégraphique, l'écriture et l'espace scéniques, développant au fil des années une puissante poétique visuelle par son ouverture aux arts plastiques, aux techniques théâtrales, aux nouveaux médias du son et de l'image, aux compositions musicales originales, les images créant la danse au point de voir ses spectacles souvent qualifiés de cinématographiques.
Cette grammaire particulière qu'il convient de nommer justement "danse-cinéma", cette quête d'hybridité entre écritures chorégraphique et cinématographique sont rendues dans cet opus au travers de quelques 250 images captivantes et fortes, qui nous font pénétrer le labyrinthe d'un monde poétique, imaginaire, onirique, selon une démarche photographique qui s'articule autour de la maîtrise du mouvement et de la mobilité.
Quant aux textes, ils soulignent l'exigence inventive de la chorégraphe qui, selon ses propres mots, "cherche à chorégraphier l'invisible de nous-mêmes, à révéler ce hors-champ qui sous-tend la vie".

 

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Akaji Maro Danser avec l’invisible - Présentation et entretiens de Aya Soejima 
Riveneuve, Archimbaud éditeur

Akaji Maro, né en 1943, metteur en scène, chorégraphe, danseur, acteur, fondateur et directeur artistique de la compagnie de danse Dairakudakan, est une figure emblématique du butô qui fut très impliqué dans les mouvements contestataires des années 60/70 et le théâtre underground.
Ce recueil d'entretiens au si joli titre, Danser avec l'invisible, mène le lecteur au cœur de la création artistique de cette époque, dans le contexte socio-politique dégradé d'un pays en mutation qui se relève difficilement des agressions atomiques, et donne la parole à l'artiste et à l'homme.
Dans une première partie, Akaji Maro, le chorégraphe des ténèbres et des peurs, se livre sur sa vie avec beaucoup d'autodérision, en toute intimité, répondant en multipliant les anecdotes aux judicieuses questions de son interlocutrice complice Aya Soejima qui a longtemps observé et côtoyé son sujet, célébrité mythique hors-norme à la personnalité inclassable.
Le septuagénaire aux mille vies se dévoile, lui qui fut boxeur, bagarreur, danseur de cabaret, livreur...Il y est question, entre-autres, selon les digressions et sinuosités de sa pensée, de son enfance et adolescence, de ses racines, de son histoire familiale, de la maladie, de son vibrant parcours artistique avant-gardiste, des rencontres déterminantes avec l'écrivain Yukio Mishima, le photographe Nobuyoshi Araki et le fondateur du butô Tatsumi Hijikata, de la création de sa compagnie Dairakudakan, de son rapport à la France.
La seconde partie est constituée de réflexions sur sa vision du monde et de la danse, sur son approche du butô à partir de mots-clés, sur ses fondamentaux et oscillations entre théâtre et danse, sur sa conception corps/espace et la signification du fard blanc, sur ses liens avec l'invisible, constituant une contribution sérieuse à la compréhension de l'histoire de cette danse post-atomique tout en révélant les codes de création de l'artiste ainsi que sa philosophie de l'existence.
Cet ouvrage, qui fut désigné "meilleur livre sur la danse" et reçut le prix de la critique 2017/2018 - distinction amplement méritée - présente une postface de son ami musicien et collaborateur Jeff Mills ainsi que quatre pages d'images de son photographe officiel  Nobuyoshi Araki, immortalisant cet enfant terrible à l'allure de yakusa qui séduisit tant Quentin Tarantino, visage peint, pour une saisissante danse qui relève du rituel.

 

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Mémoire de la danse de Martha Graham
Babel – Actes Sud

Martha Graham, pionnière de la modern dance américaine née en 1891 et qui vécut quasiment un siècle, ensorcelante novatrice aux 181 ballets dont elle imaginait souvent les lumières et les costumes, a impulsé une écriture, des thèmes uniques et a révolutionné le langage chorégraphique et les conceptions esthétiques du XXe siècle au point qu'on la qualifie souvent de "Picasso de la danse".
Remontant aux sources du geste en scrutant la mythologie, la littérature, les danses et transes primitives, la bible, questionnant l'identité américaine et le désir féminin, elle a arraché sa danse du plus profond d'elle-même, cherchant à lui restituer son caractère rituel dont notre corps a, selon elle, gardé "une mémoire ancestrale".
Sa technique, qui consiste à donner au mouvement l'impulsion de vie par un travail de respiration profonde - la contraction à l'expiration et le relâchement (release) à l'inspiration - autour de la "force centrale" du bassin ou "temple de vérité pelvienne", creuset de toutes les pulsions qui amène la gestuelle du corps à retrouver la nature sauvage de la danse en évoluant pieds nus, en sautant, marchant, chutant, courant, rompt radicalement avec les règles du ballet classique et continue à être enseignée et à influencer nombre de chorégraphes dans le monde entier.
Cette autobiographie, achevée en 1991 quelques jours avant sa mort et traduite par Christine Le Bœuf, est encore pour elle une manière de célébrer cet art de la danse et nous offre à lire un testament d'une grande grâce.
À travers le récit de son enfance et de la grande influence qu'eurent les mots de son père psychiatre sur son parcours, "le mouvement ne ment jamais", de ses rencontres fortes et éclectiques avec des célébrités qui furent ses élèves (Ingrid Bergman, Bette Davis, Liza Minelli, Madonna, Mikhaïl Baryschnikov, Woody Allen, Gregory Peck...), de ses principales œuvres, des tournées à travers le monde, de ses réflexions esthétiques sur la danse, sur la vie d'artiste, sur son combat pour un art nouveau, pour une émancipation de la femme, se dessine le portrait exigeant d'une immense artiste, véritable "mémoire de la danse" à laquelle sa vie entière fut dédiée et qui inventa un nouvel usage du corps.

 

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Isabelle Ginot – Dominique Bagouet, un labyrinthe dansé
Centre national de la danse

Dominique Bagouet, danseur et chorégraphe français précocement emporté par le sida en 1992 à l’âge de 41 ans, se distingua, en pionnier d’importance majeure, par son impertinent désir de s’affranchir de la rigueur académique de sa formation en danse classique pour créer un geste chorégraphique d’auteur, posant les jalons d’un nouveau vocabulaire contemporain.
Se jouant de l’enfermement et de l’élitisme des codes avec dérision, il participa à l’avènement de la nouvelle danse française et devint dès 1980 le directeur de l’un des premiers centres chorégraphiques, celui de Montpellier, avant d’y initier le festival Montpellier Danse en 1981.
Dans cet ouvrage, Isabelle Ginot invite à en découvrir tout l’art selon une étude exhaustive et chronologique de ses pièces alternant avec des chapitres-intermèdes posant des problématiques propres à des moments charnières de son parcours, documentant et éclairant l’œuvre labyrinthique aux entrées multiples, complexes, de l’artiste.
Car en revisitant et éclatant avec allégresse les cadres et l’esthétique conventionnels du mouvement du ballet classique, Dominique Bagouet élabora, loin de tout carcan stylistique, une écriture gestuelle et spatiale radicalement originale dans le champ chorégraphique contemporain.
Il amena, par le « geste déconstruit », à une réflexion autour de la « défaillance de l’axe » par rapport à l’héritage classique, à une reconstruction de la corporéité dansante et créa un style très particulier, personnel et subtil que l’on qualifia parfois de « néo baroque » ou « baroque contemporain ».
Cette étude offre divers axes d’approche passionnants concernant la spécificité du travail du chorégraphe et permet d’en embrasser la variété des aspects, comme l’interdisciplinarité et le dialogue avec d’autres créateurs (plasticiens, compositeurs, écrivains…), autant de collaborations qui contribuèrent à enrichir son art en le confrontant à d’autres écritures, faisant de son œuvre « à la fois un carrefour et une avant-garde de la danse française ».